CRASH CD44

(11 titres / Sortie : 13/05/03)
Comme l’affirme son titre, le premier album de Junior Cony est un hymne au dub roots : "Ina roots tradition", le ton est donné d’entrée de jeu, l’auditeur sait à quoi s’attendre. Et n’est pas déçu. Le vent du reggae souffle du premier au dernier morceau, et si le dub de Junior Cony est majoritairement électronique, il n’en est pas moins servi dans une approche effectivement roots, caractérisée par une volonté évidente de rendre hommage aux ancêtres jamaïcains.
"Le souffle et les clicks qui apparaissent dans la musiques sont générés par le réfrigirateur et autres appareils électriques domestiques et font donc partie intégrante de la musique", nous apprend la pochette du disque ; cette volonté de salir le son, de le débarrasser de l’aspect aseptisé du tout électronique, est révélatrice de la démarche roots de Junior Cony. Toutefois, à défaut d’être un album d’electro dub, ce disque reste un album de dub électronique, la nuance peut certes paraître difficile à saisir, mais elle est réelle. Basses et rythmiques, majoritairement synthétiques, évoquent plus volontiers le dub UK des années 90, voire carrément le reggae dancehall d’aujourd’hui, que le vieux dub jamaïcain, mais l’impression est contrebalancée par l’utilisation récurrente d’instruments traditionnels (guitares, instruments à vent...), et par des compostions et arrangements pour le coup résolument roots. Junior Cony jette donc un pont entre les époques, et réussit la délicate prouesse de fusionner avec homogénéité les sonorités d’hier et d’aujourd’hui. Une réussite renforcée par l’aspect artisanal de la production : "enregistré et mixé à la zonmé entre 1995 et 2001", précise la pochette, et ça s’entend. "Ina roots tradition" est l’antithèse de l’album trop vite bouclé dans un studio équipé comme l’ISS et qui cache ses carences derrière une production éléphantesque. C’est au contraire l’album d’un passionné qui a pris son temps pour s’approcher au plus près de l’équilibre qu’il recherchait : un dub à mi chemin entre tradition et modernité. C’est réussi.